 Adapté du roman à succès d’Anna
Gavalda, le dernier film de Claude Berri a lui aussi obtenu la faveur du
public. Il le doit sans doute à son ton chaleureux, entre comédie douce-amère et
conte de fées quotidien ; de la cohabitation improbable de quatre
personnages dans un grand appartement, il fait un petit traité épicurien sur
l’art de vivre ensemble, c’est tout.
Camille est femme de ménage.
Désargentée, elle habite un infâme boui-boui sous les toits d’un grand
immeuble. Elle invite un jour à dîner, sur une impulsion, son voisin Philibert,
un jeune homme bègue aux tenues extravagantes, qui vit dans un grand et luxueux
appartement tenu de sa famille, où il recueille bientôt une Camille anéantie
par la grippe. Celle-ci fait alors la connaissance de Franck, un cuisinier
bourru également recueilli par Phillibert, et qui consacre ses rares moments de
liberté à de brèves aventures féminines, et à sa grand-mère Paulette, diminuée
par un accident de santé.
 Franck (Guillaume Canet) et Camille (Audrey Tautou) Rencontres, croisements,
percussions : la cohabitation sera évidemment détonante. Il faut avouer
qu’elle ne se développe pas sans clichés :
histoire d’amour attendue, fin annoncée de la vieille dame, projets
professionnels, épanouissement artistique… Un seul est (heureusement)
refusé : le triangle amoureux. Leur combinaison est plus
intéressante : à l’Etat chargé de
satisfaire l’intérêt général, Berri substitue une communauté de hasard capable de se consacrer aux intérêts
particuliers, ceux-ci ayant fini par se rapprocher dans un consensus à
taille humaine. Là où le médecin du travail, qu’on ne consulte que pour des
certificats d’aptitude, est impuissant à guérir l’anorexie de Camille,
Philibert, qui mêle sournoisement du fromage à la soupe, et Franck qui fait des
crêpes meilleures qu’à la Coupole, se montreront efficaces. La solution du
problème économique posé par le placement de Paulette en maison de retraite
constitue un éloge inattendu de la décroissance (coût divisé par trois,
bénéfice humain très important). La soupe est moulinée à la main, cela va sans
dire : cet éloignement des
institutions est d’essence épicurienne. C’est pourquoi le personnage de
Camille, qui refuse amour et nourriture (le film lie les deux thèmes), est le
plus intéressant du film, grâce aussi à l’interprétation d’Audrey Tautou,
attendrissante et venimeuse dans le même mouvement, qui donne avec virtuosité
le « la » des changements de ton du récit.
Au-delà du propos politique,
l’art de Berri est ici de réussir des scènes et des croquis : comme son
héroïne il se veut plus dessinateur que peintre. La conduite inattendue d’une
scène, le bonheur d’un dialogue, apportent aux détails du film la fraîcheur qui
manque parfois à l’ensemble. Ainsi, la réaction de Camille aux cris du cochon
qu’on égorge — et son ignorance de la charcuterie — éclairent de façon nouvelle
sa virée à la campagne avec Franck. De même la scène où Paulette se laisse
dessiner par Camille est d’une beauté aux accents bergmaniens, Berri, victime
d’un accident vasculaire cérébral peu avant le tournage, y apprivoisant sa peur du vieillissement et de la mort.
Meilleur constructeur de l’espace qu’il ne l’admet en interviews (ce que
révélait déjà Lucie Aubrac), Berri
soigne l’atmosphère d’un appartement incurablement vaste et sinistre, et qu’il
a soin de ne pas montrer trop luxueux : c’est un bric-à-brac et non un
lieu d’enfermement mental.
Laurent Stocker et Françoise
Bertin apportent au film leur présence inédite au cinéma dans des rôles de
cette importance, et contribuent ainsi grandement à la personnalité originale
de l’œuvre.
LIENS INTERNET
>> Affiche du film
>> Bande annonce :
FICHE TECHNIQUE
Pays : France
Durée : 1h37
Date de sortie : 21 mars 2007
Scénario : Claude Berri
D’après le roman de : Anna Gavalda
Assistant réalisateur : Thierry Mauvoisin
Collaboration artistique : François Dupeyron
Production : Claude Berri, Pierre Grunstein, Nathalie
Rheims
Décors : Laurent Ott
Photographie : Agnès Godard
Son : Pierre Gamet, Gérard Lamps
Montage : François Gédigier
Musique : Frédéric Botton
DISTRIBUTION
Camille Fauque : Audrey Tautou
Franck : Guillaume Canet
Philibert Marquet de la
Tubelière : Laurent Stocker
Paulette : Françoise Bertin
Mamadou : Firmine Richard
Yvonne : Hélène Surgère
La mère de Camille : Danièle Lebrun
Le patron du « Restaurant
des voyageurs » : Roger Dumas
M. de la Tubelière : Bernard
Dhéran
Mme de la Tubelière : Marie-France Mignal
Médecin du travail : Alain Sachs
Professeur de théâtre : Raymond Acquaviva
Le curé : Jacques Ciron
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