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Décédé le 9 juin 2007 à l’âge de
quatre-vingt-quatre ans, Ousmane Sembene était le pionnier du cinéma africain.
Auteur du premier long-métrage jamais produit sur le continent, il pourfendit
toute sa vie le colonialisme et l’oppression religieuse, dans des œuvres dont
la force épique a été souvent saluée.
Né en Casamance dans une famille
de langue wolof, mobilisé dans les tirailleurs pendant la Seconde Guerre
mondiale, Ousmane Sembene vit à Marseille au lendemain du conflit. Il travaille
notamment comme docker, et adhère au P.C.F. dont il soutient les luttes
anticolonialistes. De son expérience de
travailleur, il tire d’abord des romans, comme Le Docker noir ou Le Bout de
bois de Dieu.
Rentré en Afrique après
l’indépendance du Sénégal, en 1960, il voyage à travers le continent et décide
de changer de moyen d’expression, pour faire découvrir la réalité qui y est
vécue. Des courts-métrages documentaires comme Le Bonhomme charrette (Borom
sarret) préparent le terrain à ses longs-métrages de fiction qui auront un
retentissement mondial.
La Noire de… est le premier film jamais réalisé par une équipe
entièrement africaine. Sembene y décrit la violence morale subie par ceux qui
émigrent en Europe ; le film obtient le prix Jean-Vigo. Le Mandat persiste dans cette veine
critique, sur un ton plus satirique et plus léger, ainsi que Xala.
Entretemps, Emitaï aura inauguré une autre voie du travail de Sembene :
c’est une chronique de la répression
coloniale, d’autant plus absurde qu’elle intervient en plein conflit
mondial. Ceddo est une fresque qui
dénonce l’oppression religieuse en proposant la geste d’une tribu réfractaire à
l’embrigadement. Le film prend trop peu de gants au goût des autorités
sénégalaises, qui l’interdisent sous le prétexte (le président Senghor avait de
l’humour) d’une faute d’orthographe dans le titre. Camp de Thiaroye, qui traitait vingt ans avant Indigènes des unités de tirailleurs, connaît des problèmes
semblables.
Sembene, qui n’est plus soutenu
dans son propre pays, connaît alors de lourdes
difficultés pour continuer son travail. Ses films sont mal diffusés et seul
Guelwaar, qui renoue avec une veine
satirique (chrétiens et musulmans s’y disputent la dépouille d’un activiste),
connaît une sortie française dans des conditions à peu près raisonnables. C’est
dans les années 2000 qu’il peut s’attaquer à une trilogie sur la condition
féminine ; il aura le temps d’en réaliser les deux premiers volets : Faat Kiné et Moolaadé, son dernier film, qui retrouve un accueil digne de
l’importance de l’œuvre de Sembene dans l’histoire du cinéma.
FILMOGRAPHIE
2004 Moolaadé
2000 Faat Kiné
1992 Guelwaar
1987 Camp de Thiaroye
1977 Ceddo
1975 Xala
1971 Emitai (Dieu du tonnerre)
1968 Le Mandat
1965 La Noire de…
1964 Niaye (c.m.)
1963 Le Bonhomme charrette
(c.m.)
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