
 Plus le temps passe, plus
accepter de réaliser un Harry Potter
tient du piège à rats. On est tenu par les romans de J.K. Rowling, immensément
célèbres pour eux-mêmes, par les producteurs inquiets de la Warner Bros., par
les décisions d’un nombre de prédécesseurs qui va grandissant. David Yates,
poulain de la BBC dont c’est le premier long-métrage pour le cinéma (un choix
risqué de la part de la Warner, que l’on peut saluer), s’en tire de façon tout
à fait honorable.
J.K. Rowling elle-même s’étant
lassée, dans son cinquième roman, de résumer les épisodes précédents à l’usage
des inconscients qui en seraient encore à prendre la série en cours de route,
nous ne nous y risquerons pas.
Harry est victime au début du
film d’une attaque de Détraqueurs ; arraché à la tutelle pénible des
Dursley par l’Ordre du Phénix, une
organisation secrète qui combat contre Voldemort, dont le ministère de la
Magie dément le retour, il doit comparaître au tribunal pour avoir utilisé la
magie sans autorisation. Tiré d’affaire par Dumbledore, il peut rentrer à
Poudlard, où le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal est
désormais occupé par Dolores Ombrage, une taupe du ministère… (1)
Si David Yates a réussi à adapter
le plus long roman de la série des Harry
Potter, à en faire le film le plus court entre ceux que la Warner en a
tirés, et le tout sans trop perdre les spectateurs peu familiers de l’œuvre
originale, il le doit à un nombre restreint de décisions fort intelligentes.
Premièrement, il a réduit au
minimum les séquences spectaculaires destinées à complaire aux goûts supposés
du public, et a concentré son récit sur les
tourments intérieurs du jeune héros. Fort sagement, il se repose donc sur
l’imagination suffisamment fertile de la romancière, et sur une jolie séquence
de traversée de Londres en balai, qui trouve une rime signifiante à la fin du
film, lorsque les protagonistes reviennent à Londres en chevauchant les
Sombrals (1).
Deuxièmement, il n’a pas cherché
à imposer de ligne nouvelle à une direction artistique qui se bat déjà entre
l’imagerie british et proprette des
deux opus de Chris Columbus, la stylisation baroque proposée par Alfonso
Cuarón, et la recherche de familiarité que ce dernier, largement suivi par Mike
Newell, a tâché d’insuffler à la description de l’adolescence des
protagonistes. Ainsi, un coup les personnages sont habillés en collégiens
anglais à l’uniforme strict sous la robe de sorcier, un coup ils sont habillés
comme il leur convient (mention spéciale à la tenue assez beatnik de Ginnie
Weasley). Le critère ? Euh… Les nouveaux décors, ceux du Ministère de la
magie, sont majestueux comme il convient. Correcte, discrète, parfois
astucieuse, la mise en scène est au service de l’intrigue.
Troisièmement, il a développé
au-delà des indications du roman l’aspect
politique de la situation, qui résonne de façon toujours plus vibrante
— J.K. Rowling a rédigé son roman aux moments les plus sombres du premier
mandat de George W. Bush. Des allusions à Orwell et à l’imagerie suscitée par
son roman 1984, le noircissement du
personnage de Dolores Ombrage, rappellent que le fascisme est parfois une
faiblesse de la démocratie se sentant en danger.
Le résultat, même s’il manque de
force épique, pour ne pas parler de génie visionnaire, se laisse donc regarder
avec un certain intérêt. Le scénario élimine un certain nombre des volutes
semées à plaisir par J.K. Rowling, mais non sans laisser échapper des détails
dont le film ne sait trop que faire, et qui ne semblent là que pour contenter
les fans (les personnages de Lupin, et surtout de Tonks ou de l’elfe Kreattur,
sont essentiellement décoratifs, et manifestement sacrifiés au montage). La
caméra recherche la clarté spatiale avant tout (l’attaque du début, située dans
un tunnel par Yates, y gagne en force inquiétante). L’aspect le plus bancal du
film tient probablement à la direction
d’acteurs, qui tire nettement à hue et à dia. Yates tire adroitement parti
de la fraîcheur de ses jeunes interprètes, et de leur maturité grandissante,
inscrivant ainsi son film dans ce qui fait le plus grand intérêt de la série
(suivre une demi-douzaine d’acteurs passant de l’enfance à l’âge adulte) ;
les relations tendues entre Harry et les autres personnages sont souvent
traitées sur le mode de l’understatement ;
en revanche, les acteurs les plus confirmés (Alan Rickman ou Imelda Staunton)
tirent leurs personnages vers une stylisation théâtrale particulièrement
adroite mais d’esprit totalement opposé. Il est possible que les plus jeunes
spectateurs en tirent la satisfaction de voir le monde de la jeunesse se
heurter à celui des adultes, ce qui est après tout un des thèmes de
l’histoire ; à mon âge en revanche, on est particulièrement sensible aux
efforts de David Thewlis, Gary Oldman ou de la jeune Evanna Lynch, lumineuse
dans le rôle de l’excentrique Luna Lovegood, pour combiner l’imprévu du naturel
et la force de la composition.
(1) Comment ça, vous ne comprenez
rien ? Ah, mais j’avais prévenu… fallait suivre !
LIENS INTERNET
>> Site officiel
>> Affiche du film
>> Bande annonce :
FICHE TECHNIQUE
Titre original : Harry Potter and the Order of the
Phoenix
Pays : Etats-Unis / Grande-Bretagne
Date de sortie : 11 juillet 2007
Durée : 2h18
Scénario : Michael Goldenberg
D’après le roman de : Joanne Kathleen Rowling
Assistant réalisateur : Cliff Lanning
Production : David Barron, David Heyman
Décors : Stuart Craig
Photographie : Slawomir Idziak
Son : James Boyle, Andy Kennedy
Montage : Mark Day
Effets visuels : Tim Burke, Craig Lyn, Chris Shaw, Tim Alexander
Musique : Nicholas Hooper
DISTRIBUTION
Harry Potter : Daniel Radcliffe
Ron Weasley : Rupert Grint
Hermione Granger : Emma Watson
Padma Patil : Afshan Azad
Bellatrix Lestrange : Helena Bonham Carter
Parvati Patil : Sefali Chowdhury
Rubeus Hagrid : Robbie Coltrane
Filius Flitwick : Warwick Davis
Drago Malefoy : Tom Felton
Lord Voldemort : Ralph Fiennes
Albus Dumbledore : Michael Gambon
Alastor « Fol-Œil » Maugrey : Brendan Gleeson
Vernon Dursley : Richard Griffiths
Lucius Malefoy : Jason Isaacs
Cho Chang : Katie Leung
Neville Londubat : Matthew Lewis
Luna Lovegood : Evanna Lynch
Sirius Black : Gary Oldman
Cedric Diggory : Robert Pattinson
Fred Weasley : James Phelps
George Weasley : Oliver Phelps
James Potter : Adrian Rawlins
Severus Rogue : Alan Rickman
Petunia Dursley : Fiona Shaw
Minerva McGonagall : Maggie Smith
Lily Evans Potter : Geraldine Somerville
Dolores Jane Ombrage : Imelda Staunton
Nymphadora Tonks : Natalia Tena
Remus Lupin : David Thewlis
Amelia Bones : Sian
Thomas
Sibylle Trelawney : Emma Thompson
Molly Weasley : Julie Walters
Arthur Weasley : Mark Williams
Ginny Weasley : Bonnie Wright
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