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Deux cinéastes mythiques sont
morts le 30 juillet 2007. Sur la vie et l’œuvre d’Ingmar Bergman, nous
reviendrons bientôt, en mettant à profit les archives du Petit spectateur. Voici en attendant notre hommage à son
contemporain Michelangelo Antonioni, l’un des plus importants créateurs de
formes du cinéma moderne, inventeur d’une façon radicalement nouvelle
d’explorer l’âme humaine.
 Né à Ferrare, Michelangelo
Antonioni a commencé par mener une vie sans histoires de jeune étudiant à
Bologne, puis de journaliste, qui l’amène progressivement au cinéma. Son
premier court-métrage, Gens du Pô,
aîné de toute une série de courts films documentaires qu’il réalisera pour
l’essentiel après la guerre, le situe dans la droite ligne du jeune cinéma
italien de l’époque, attentif à la réalité sociale. C’est ainsi qu’il fait ses
classes, tout en écrivant des scénarios (notamment celui du Cheikh blanc de Federico Fellini).
Il réalise en 1950 son premier
long-métrage, Chronique d’un amour,
où brille Lucia Bosè, première exploration
de la fragilité des sentiments, au prétexte d’une trame policière
lointainement inspirée de La Princesse de
Clèves. Car Antonioni travaille encore alors dans le système du cinéma
commercial, comme le prouvera, à la fin de la décennie, sa participation
incongrue au sauvetage d’un péplum oubliable. Les Vaincus, au réalisme social sans concession, subit les foudres
de la censure ; puis Antonioni retrouve Lucia Bosè pour La Dame sans camélia avant d’adapter Cesare
Pavese avec Femmes entre elles. Ce
début de carrière le fait reconnaître comme un excellent cinéaste très habile à
mener une analyse psychologique. Le Cri
est une dernière tentative de mêler analyse morale et analyse sociale, puis Antonioni choisit sa voie avec le film
qui lui vaut une reconnaissance internationale, ainsi qu’à son interprète
Monica Vitti : L’Avventura, prix
du jury au Festival de Cannes en 1960. Antonioni y malmène terriblement les
conventions narratives : l’héroïne disparaît au milieu du film, et la
deuxième partie, consacrée aux réactions du héros face à cette disparition, n’y
apporte aucune explication particulière. Antonioni consacre toute son attention
au plus impalpable : l’évolution des sentiments, dans un style qui, lui aussi,
se dépouille de toute convention. Les plans s’allongent, les visages et les
paysages dévorent l’écran, dans l’intention de restituer des états mentaux.
Les films suivants, La Nuit et L’Eclipse, prolongent ce travail. Les humains y sont montrés, dans
une perspective essentiellement morale, et qui tourne le dos au point de vue
politique qui a dominé le grand cinéma italien durant les quinze années
précédentes (1), comme inaptes au bonheur et à l’amour. De cette époque date la
plus célèbre des étiquettes collées à Antonioni, « cinéaste de
l’incommunicabilité », alors que son propos va probablement plus loin que
la simple exploration des rapports amoureux : il propose une vision existentialiste de la
condition humaine, ce dont témoignent les ambiances fantastiques de la zone
industrielle de Ravenne dans Le Désert rouge, ou la fin délirante de Zabriskie Point, qui utilise l’imagerie
pop de l’époque (la musique est de Pink Floyd et de Gratefuld Dead), pour
montrer un univers en déréliction. Il faut dire aussi qu’Antonioni sait peupler
ses films de figures féminines
fascinantes, notamment grâce à sa collaboration avec des actrices comme les
Lucia Bosè ou Monica Vitti, déjà citées, qui écrasent de leur présence
lumineuse des protagonistes masculins volontairement falots. Blow up, où un photographe agrandit et
retouche sans cesse une de ses photos à la recherche de la possible vérité d’un
crime, est également un film ouvertement métaphysique (contrairement au remake
pataud que De Palma en tirera une quinzaine d’années plus tard). Il marque le
début d’une carrière hors de l’Italie.
A partir du début des années
1970, Antonioni revient souvent au documentaire, de long-métrage (La Chine) ou de court-métrage, évoluant
de la description sociale à une vision mentale et poétique des endroits qu’il
prend comme sujets. Est-ce un hasard si son film de fiction suivant s’appelle Profession : reporter ? Le
reportage y est encore une fois intérieur, même si le héros (Jack Nicholson)
parcourt l’Afrique. Il y endosse d’ailleurs une fausse identité et part en
quête de lui-même. Le dernier plan, très long et très lent travelling passant
au travers d’une fenêtre pour faire demi-tour revenir sur Nicholson allongé sur
son lit, est un condensé de cette quête, dont l’aboutissement n’est possible que
dans la mort.
En 1985, Michelangelo Antonioni a
été victime d’un accident cérébral qui l’a laissé à moitié aphasique. On aurait
pu craindre une fin de sa carrière. Mais avec un courage exceptionnel, Antonioni a, dans une certaine mesure, pu
poursuivre, jusqu’à un âge avancé (son dernier film date de 2004), son activité
de cinéaste, avec le concours de son épouse Enrica, et de cinéastes amis, Wim
Wenders ou Steven Soderbergh, garantissant la bonne fin des projets les plus
coûteux, et lui servant d’intermédiaires sur le plateau.
Reconnaître qu’Antonioni a pu,
notamment dans ses dernières années avec Identification
d’une femme ou Par-delà les nuages,
se laisser égarer par son goût pour l’érotisme, et son absence totale de goût
pour la musique — personne n’est parfait — jusqu’à évoquer de façon
embarrassante l’esthétique dominante de la publicité, cela ne doit pas empêcher
de reconnaître l’importance de son œuvre
dans l’évolution esthétique du cinéma. Son influence se fait sentir sur des
artistes parfois a priori très
éloignés de lui, comme Nanni Moretti, Woody Allen ou Claude Chabrol ; son
sens très personnel du rythme n’est évidemment pas sans rapport avec les
expériences d’un Hou Hsiao-Hsien, ou de Wong Kar-Waï qui collabora avec lui au
film à sketches Eros. L’élégance
extrême de son style est souvent pillée et vulgarisée, d’une façon
involontairement ironique, par les photographes et cinéastes qui tâchent de
nous vendre des objets de luxe, et c’est ainsi que les derniers films de ce
très grand cinéaste ont pu ressembler à leur propre caricature, alors que
l’artiste demeurait héroïquement fidèle à lui-même.
(1) C’est d’ailleurs à la même
période que Fellini ou Visconti se détachent eux aussi du néo-réalisme.
FILMOGRAPHIE (REALISATEUR)
2004 Le
Regard de Michelangelo (court-métrage)
Le
Périlleux enchaînement des choses (sketch de Eros)
1997 Sicile
(court-métrage)
1996 Par-delà
les nuages (coréal. Wim Wenders)
1993
Noto,
Mandorli, Vulcano, Stromboli, Carnevale (court-métrage, coréal. Enrica
Antonioni)
1989 Kumbha Mela
(court-métrage)
Rome (sketch de Douze cinéastes pour douze villes)
1983 Inserto girato a Lisca
Bianca (court-métrage TV)
1982 Identification d’une femme
1981 Le Mystère d’Oberwald
1975 Profession : reporter
1972 La Chine
1970 Zabriskie Point
1966 Blow-Up
1965 Le Bout d’essai
(sketch de Les Trois visages)
1964 Le Désert rouge
1962 L’Eclipse
1961 La Nuit
1960 L’Avventura
1959 Sous le signe de Rome
(coréal. Guido Brignone, Vittorio Musy Glori)
1957 Le Cri
1955 Femmes entre elles
1953 J’essaye le suicide
(sketch de L’Amour à la ville)
La Dame sans camélia
Les Vaincus
1950 Chronique d’un amour
La Villa des monstres (court-métrage)
La Funivia del Faloria (court-métrage)
1949 Mensonge amoureux
(court-métrage)
Superstition (court-métrage)
Bomarzo (court-métrage)
Sette canne, un vestito (court-métrage)
Ragazze in bianco (court-métrage)
1948 Rome – Montevideo (court-métrage)
Oltre l’oblio (court-métrage)
Propreté urbaine (court-métrage)
1943 Gens du Pô
(court-métrage)
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Ok tant pis.Merci quand même de m'avoir ...
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