
Elise Tellier, dite « Lili », 19 ans, rentre chez elle, à Vigneux, après un séjour linguistique à Barcelone. Elle y a fait la connaissance de Léa. A la descente du car, les parents de Lili sont là. Ils l’attendent avec la tête des mauvais jours. Loïc, son frère jumeau, est parti.
Il a quitté le domicile familial après une dispute avec son père sur l’état de sa chambre. C’est en tout cas la version officielle dont les parents ne démordent pas et à laquelle Lili n’adhère pas. Elle s’inquiète. Loïc ne répond même pas à ses appels, à elle, sa jumelle. Que s’est-il donc passé entre Loïc et son père pour que la rupture soit si violente, si définitive ? Et pourquoi la mère ne veut-elle en dire davantage ? Lili s’inquiète, Lili s’étiole, Lili se meurt. Jusqu’au jour où – miracle – Loïc lui écrit une carte postale. Il va bien, elle ne doit pas s’en faire. Lili veut le retrouver, lui parler, le revoir. Comprendre. Je vais bien, ne t’en fais pas est un film sur le manque. Le manque d’un être cher, un jumeau, un fils. Le manque de communication, de certitudes, de repères. De cette banlieue où toutes les maisons sont identiques, tous les jardins semblables, où tous les enfants vont à la même école, au même collège, au même lycée et où toutes les télévisions sont branchées sur le même programme, comment s’échapper ? Loïc a choisi la musique et la révolte. La musique avec ses potes, la révolte contre son père. Ce père, ce raté qui ne pense qu’à son travail minable dans les assurances, qui n’a jamais été capable de rêver d’ailleurs ou d’écouter une seule des (magnifiques) chansons de son fils. Je vais bien, ne t’en fais pas est un film sur l’incompréhension. L’incompréhension entre des parents qui font ce qu’ils peuvent et des enfants qui rêvent d’autre chose. L’incompréhension de Lili qui n’admet pas que son frère puisse là rejeter, elle, alors qu’elle n’est coupable de rien. Réalisé par Philippe Lioret (Tombés du ciel, Mademoiselle) et adapté du roman éponyme d’Olivier Adam, Je vais bien, ne t’en fais pas est, pour moi, un véritable chef d’œuvre de subtilité. Le spectateur se laisse entrainer là où le cinéaste veut l’emmener avec une incroyable simplicité. Chacun des personnages est attendrissant et énervant de maladresse. Le silence est pesant, étouffant. On a envie de les aider à crever l’abcès. On sait, tout comme les personnages, que quelque chose ne va pas, que la situation est absurde, exagérée. Mais comme eux nous ne savons comment nous y prendre pour découvrir ce qui se cache, ce qu’on nous tait. Le tout étant servi par une distribution sans la moindre erreur de casting. Kad Merad, que Les Choristes avaient déjà su faire sortir de son rôle de comique troupier, est sublime dans ce rôle d’un père endossant la culpabilité du départ de son fils et contraint par les événements à se retourner sur une vie familiale qu’il aurait rêvée différente. Il a conscience des (res)sentiments de son fils à son égard, connaît ses reproches et fait mine de se justifier tout en sachant pertinemment que tout n’est pas infondé. Il s’accable de n’avoir pas su dire à Loïc son amour et de ne pas savoir combler, auprès de Lili, l’absence de son frère. Une magnifique interprétation pleine d’une pudique douleur. Isabelle Tellier, la mère de Lili et de Loïc, est une femme effacée. Elle laisse son mari prendre les choses en main. Elle souffre de la situation mais n’en dit rien. Du coup, son personnage reste en second plan. Isabelle Renauld n’a pas eu beaucoup de dialogues à apprendre mais son visage et son regard en disent long sur les pensées qui traversent cette mère débordée par les événements. Subtile et discrète. Julien Boisselier a, dans son sourire et dans sa voix, une douceur et une sérénité qui apportent un peu d’air frais à cette atmosphère aigre. Son personnage, Thomas, est surnommé « La Grenouille » parce qu’il travaille à MétéoFrance. Mais une grenouille, perchée sur son échelle, voit plus loin et plus clair que les autres batraciens. Enfin, Mélanie Laurent (De battre, mon cœur s’est arrêté, Indigènes) est étonnante, bluffante. Vingt-trois ans, sept années de cinéma et de téléfilms derrière elle et un premier « premier rôle » auquel elle donne une réelle consistance. Plus que prometteuse, elle semble aussi aguerrie que bien d’autres comédiennes plus âgées. A cela s’ajoute la fraicheur de la nouveauté. On plonge complètement dans son personnage et l’identification est quasi-immédiate. Nul doute que d’autres têtes d’affiches l’attendent. Pour moi, et sans vouloir présumer des sorties des trois prochains mois, Je vais bien, ne t’en fais pas est LE film français de l’année. A voir ABSOLUMENT. LIENS INTERNET >> Site officiel >> Affiche du film >> Bande annonce :
>> Clip vidéo de la chanson U-turn (Lili) d'Aaron :
FICHE TECHNIQUE Réalisateur : Philippe Lioret, d'après le roman d’ Olivier Adam1ere assistante réalisateur : Isabelle HenryScripte : Béatrice PolletProducteur associé : Philip BoëffardDirecteur de production : Olivier HélieProductrice exécutive : Eve MachuelMusique : Nicolas PiovaniDirecteur de la photo : Sacha WiernikPhotographe : Guy FerrandisChef monteuse : Andréa SedlackovaIngénieur du son : Pierre ExcoffierChef monteur son : Laurent QuaglioChef décorateur : Yves BroverChef maquilleuse : Judith GayoChef costumière : Fanny DrouinDistributeur : Mars Distribution DISTRIBUTION Lili : Mélanie LaurentPaul : Kad MeradThomas : Julien BoisselierIsabelle : Isabelle RenauldLéa : Aïssa MaïgaLoïc, le frère jumeau de Lili : Mickaël TrodouxL’ami de Loïc : Simon Buret
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