
L’Astérix de Claude Zidi, s’il avait naguère cassé la baraque (neuf millions de spectateurs), pouvait faire douter de la nécessité d’adapter les bandes dessinées de Goscinny et Uderzo avec de vrais acteurs qui bougent tout seuls. En effet, si l’auteur des Sous-doués (et des Ripoux tout de même, voyez comme une périphrase peut être mal intentionnée) était parvenu à créer un univers visuel intéressant, tout le sel spécifique des albums avait disparu dans l’opération.
Adapter, par-dessus le marché, Astérix et Cléopâtre (1964), le meilleur album du duo peut-être, et qui avait donné lieu en 1968 à un gouleyant dessin animé des mêmes, était extrêmement risqué. Rappelons qu’il s’agit d’une petite querelle entre Cléopâtre et son Jules, icelui prétendant que le peuple égyptien se trouve sur la pente décadente. La moutarde monte au joli nez de Cléo, et elle parie avec César qu’elle est capable de lui faire construire un palais magnifique et 100% égyptien en moins de trois mois. Elle confie la tâche au seul architecte disponible, le très désordonné Numérobis, qui n’a d’autre ressource que de faire appel à ses amis gaulois. Heureusement, Alain Chabat est arrivé, et prouve ici brillamment que l’humour Nul est génétiquement compatible avec la rigolade goscinnique. On aurait dû s’en douter d’ailleurs, tant les deux sont à la fois basés sur la culture générale du public, et par en-dessous satiriques ; on peut même voir dans la scène de l’attaque du Palais par les Romains un soutien à la cause palestinienne, si si vous verrez. Bon, il y a bien dans Mission Cléopâtre quelques scènes qui manquent de rythme ; il y a un léger défaut d’insertion des personnages d’Astérix et Obélix dans un film qui bourgeonne, comme jadis La Cité de la peur, de façon quelque peu cancéreuse (une blague appelle une vanne qui appelle un gag qui autorise une digression délirante…) ; avec leurs dégaines sorties du premier opus, bien plus franchouillard, Clavier et Depardieu ont l’air de sortir d’un autre film (mais c’est aussi un peu ce décalage que raconte Chabat) et surtout leurs personnages, surtout Obélix, sont un peu sacrifiés par le scénario.
Mais globalement, ah là là mes amis qu’est-ce qu’on se marre ! Aux larmes ! au point de rater un bon tiers des gags tellement on est occupés à rire ! Chabat parvient à raconter à peu près une histoire, tout en s’autorisant à peu près tout, du gag sublime et inattendu à la fausse mauvaise blague, jusqu’à la divagation quasi poétique. Il se dépatouille vaillamment de son budget pharaonique (oui, je sais, elle était attendue, celle-là), garde même dans les scènes spectaculaires une rafraîchissante légèreté (les scènes de ménage, les leçons de stratégie de Caïus Céplus, les complots du vil Amonbofis), et parvient assez régulièrement à un style véritablement original (scènes de l’arpentage, avec ses acteurs quasiment au milieu de rien, de la pyramide, etc.). Seul petit reproche : il ne réfléchit pas toujours assez en termes de point de vue. Par ailleurs, au milieu d’une distribution sacrément secouée (Gérard Darmon ! Chantal Lauby ! Claude Rich !! Edouard Baer !!! Jamel Debbouze !!!!!!!), il est sans conteste l’acteur du meilleur César. Article publié dans Le Petit spectateur-papier, n°93 (février 2002) LIENS INTERNET >> Affiche du film
FICHE TECHNIQUE Pays : France/Allemagne Durée : 1h47 Réalisation : Alain Chabat Scénario : Alain Chabat Date de sortie : 30 janvier 2002 D’après l’album Astérix et Cléopâtre de : René Goscinny, Albert Uderzo Production : Claude Berri, Alain Chabat, Thomas Langmann, Pierre Grunstein Assistant à la mise en scène : Stéphane Gluck Décors : At Hoang Costumes : Philippe Guillotel, Tanino Liberatore, Florence Sadaune Photographie : Laurent Dailland Son : Vincent Guillon, Jérôme Wiciak Montage : Stéphane Pereira Effets visuels : Thomas Duval Musique : Philippe Chany DISTRIBUTION Astérix : Christian Clavier Obélix : Gérard Depardieu Numérobis : Jamel Debbouze Panoramix : Claude Rich Amonbofis : Gérard Darmon Cléopâtre : Monica Bellucci Jules « Cizâr » César : Alain Chabat Otis : Edouard Baer Caïus Céplus : Dieudonné Sbire cruel : Edouard Montoute Itinéris : Isabelle Nanty Malococcis : Jean Benguigui Barbe-rouge : Bernard Farcy Triple-patte : Michel Cremadès Baba : Mouss Diouf Caius Antivirus : Jean-Paul Rouve Gimmeakis : Noémie Lenoir Sucettalanis : Marina Foïs Dactylo : Emma de Caunes Centurion dans la forêt: Joël Cantona Cartapus : Chantal Lauby Artiste officiel : Claude Berri Carreleur : Zinedine Soualem Goûteur de Cléopâtre : Dominique Besnehard Physionomiste du night-club : Mathieu Kassovitz Voix du commentateur langouste : Jean-Pierre Bacri Responsable de la catapulte : Pierre-François Martin-Laval Couloirdebus : Maurice Barthélémy Voix du narrateur : Pierre Tchernia
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